By Rezo Nodwes -26 mars 2021
Vendredi 26 mars 2021 ((rezonodwes.com))– »La justice élève une nation » est un vieil adage tiré de la bible, la parole sacrée. L’inverse est tout aussi vrai, car l’injustice abaisse, aplatit même une nation. Telle est la réalité au pays de Dessalines.
Avec la mise à la retraite des 3 juges de la Cour de Cassation, suivie de la nomination de 3 autres juges tirés d’une liste émanée du sénat de la république il y a 3 ans de cela, les violons ne s’accordent pas depuis lors entre l’exécutif et le judiciaire.
Le pouvoir judiciaire a annoncé une grève illimitée pour forcer le pouvoir exécutif à faire marche arrière, ce qui rend la justice haïtienne dysfonctionnelle depuis près de 2 mois. Toutefois, les juges reçoivent leurs salaires mensuellement pour un travail non fourni.
En principe, au regard de l’article 205 du code du travail haïtien, la grève est une initiative prise en vue de l’obtention de la satisfaction des revendications présentées à l’employeur. Cependant, la grève, suivant les formes qu’elle revêt, peut ne pas viser de tels buts.
Par ailleurs, il y a le débrayage, qui, en plus de la cessation des activités de travail, provoque l’abandon de l’établissement de travail.
Alors que, dans la grève avertissement, les employés, s’ils ne travaillent pas non plus, demeurent présents dans les locaux. Seulement, ils font un arrêt total du travail. Par contre, dans la grève perlée, les employés, en plus d’être présents au bureau, continuent de travailler.
Tel n’est pas le cas pour les magistrats, ils ont abandonné leurs bureaux et continuent de jouir tous les avantages et privilèges liés à la fonction. Tandis que les justiciables ainsi que les avocats ne savent pas à quel saint se vouer. Bon nombre de dossiers se trouvent en souffrance tant au cabinet d’instruction que par devant la cour d’appel et de Cassation de la république.
Si en 2020 le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) estimait à 11 529 détenus la population carcérale haïtienne dont 8578 en détention préventive prolongée, cette année le nombre de détenus s’est multiplié à cause du dysfonctionnement de la justice.
La Commission Épiscopale Justice et Paix (CE-JLAP) a récemment publié une note dans laquelle elle souligne que 80% de la population carcérale est en détention préventive prolongée. Un constat triste et alarmant qui aurait dû indigner les autorités du pays.
De l’autre côté, le Président de la république garant de la stabilité des institutions suivant l’article 136 de la constitution n’a rien fait pour trouver une issue à cette crise.
Pour Franklin Delano Roosevelt, gouverner, c’est maintenir les balances de la justice égales pour tous. Chez nous les autorités au plus haut sommet de l’Etat ne se soucient pas de ce que la justice fonctionne normalement.
Un président doit avoir le courage pour transcender les choses en prenant de bonne décision afin d’éviter le pire, car la justice est trop précieuse, on ne doit pas la galvauder.
En France, le président Jacques Chirac avait présenté ses excuses publiques aux personnes acquittées en appel. N’est-il pas possible au président de la république de présenter des excuses à des milliers de personnes qui croupissent dans les geôles infernales, assoiffées de justice ?
N’est-il pas possible aux magistrats assis et debout de présenter des excuses aux justiciables pour avoir handicapé le bon fonctionnement de la justice ?
Entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, tous leurs représentants perçoivent leur salaire, le grand perdant n’est autre que le peuple haïtien.
Me Steevens ROSEMOND ,Av.





