« Dix ans après le séisme en Haïti, à quoi l’argent a-t-il servi? », Radio-Canada a réalisé un documentaire important à ce sujet

10 janvier 2020

Le 12 janvier 2010, le pays comptait 280 000 morts et 300 000 blessés. Un million et demi de personnes étaient sans abri, dépourvues de tout : eau, nourriture et toit… Et après 10 ans ? « My Palace still collapses« , la situation s’envenime, la corruption devient une règle d’art de gouvernance et le pays se réveille au lendemain du 12 janvier 2020 avec un parlement dysfonctionnel, la pire des choses qui puisse arriver à Haïti, lequel pays sans gouvernement légitime s’enfonce chaque jour davantage dans un « shithole« …

Montréal, vendredi 10 janvier 2020 –

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Haïti a donné lieu à un élan de solidarité peu commun. Devant l’ampleur du drame, une trentaine de pays et une dizaine de grandes organisations internationales ont contribué financièrement aux opérations d’urgence et de reconstruction, tandis que des dizaines de milliers de citoyens ont participé aux nombreuses collectes de fonds.

Combien d’argent a-t-on recueilli? On ne peut que l’estimer…

Les pays et les grandes organisations comme la Banque mondiale, le FMI et les grandes agences de l’ONU se sont engagés à verser 13 milliards de dollars canadiens.

Ce total ne tient pas compte des milliards amassés par dons privés versés directement à des ONG comme la Croix-Rouge, Médecins du Monde et des centaines d’autres.

Plusieurs milliards ont donc pu s’ajouter.

À titre d’exemple, la Croix-Rouge canadienne a reçu à elle seule 227 millions de dollars. Il semble réaliste de chiffrer à plus de 15 milliards le total de l’argent engagé dans l’aide post-séisme.

OÙ EST ALLÉ TOUT CET ARGENT?

Un mythe veut que la plus grande partie n’ait jamais été versée. Le tableau est certes moins sombre.

Deux ans après la catastrophe, en 2012, les Nations unies avaient estimé que les fonds promis par les pays donateurs avaient été dépensés dans une proportion de 62 %. À titre d’exemple, le Canada, deuxième pays donateur en importance après les États-Unis, avait à ce moment dépensé 890 millions $ des 1,2 milliard annoncés.

Par la suite, le Canada a poursuivi ses programmes d’aide. Depuis 2010, le Canada a aidé Haïti à hauteur de 1,4 milliard, en faisant le deuxième pays bénéficiaire après l’Afghanistan.

Cela dit, le gouvernement haïtien n’a pratiquement rien touché, les donateurs ayant préféré verser l’argent à des ONG ou à des agences de l’ONU, comme le PNUD, chargées de coordonner les efforts de reconstruction.

Le Gouvernement de Préval pratiquait déjà la corruption

L’ambassadeur du Canada en Haïti à l’époque, Gilles Rivard, explique ainsi cette approche :

Le Canada, comme d’autres pays donateurs, hésite beaucoup à faire ce qu’on appelle de l’appui budgétaire direct (au gouvernement) parce qu’on n’a pas vraiment confiance dans la capacité de pouvoir gérer ça sans que la corruption n’intervienne.

Sans compter que l’État haïtien, déjà très faible avant la catastrophe, s’était littéralement effondré lors du tremblement de terre : environ 20 % des fonctionnaires avaient perdu la vie et les sièges d’une quinzaine de ministères avaient été détruits.

Urgence et reconstruction

Peu de critiques ont été formulées sur l’aide d’urgence, c’est-à-dire celle qui a été fournie pendant les premiers mois suivant la catastrophe.

Le pays comptait 280 000 morts et 300 000 blessés. Un million et demi de personnes étaient sans abri, dépourvues de tout : eau, nourriture et toit.

L’heure était aux secours.

Le Canada a d’abord déployé un contingent de 2000 soldats. Ceux-ci sont restés en Haïti deux mois et demi.

Les militaires ont rouvert la route de Jacmel, ont contribué au maintien de l’ordre et ont établi un hôpital de campagne à Léogane.

Les dépenses militaires du Canada liées au séisme ont été d’un peu plus de 50 millions de dollars.

C’est une proportion assez faible de l’aide canadienne en comparaison avec l’aide d’urgence des États-Unis qui a été absorbée pour la moitié par les forces militaires.

Des ONG de partout dans le monde, y compris du Canada, ont déferlé sur Haïti pour y apporter tentes, nourriture, vêtements, services médicaux d’urgence, etc.

Parallèlement, tous les débris ont été enlevés des espaces publics en quelques mois. Pas moins de 300 000 Haïtiens ont été employés temporairement pour enlever les débris, recycler les matériaux et aider à divers travaux.

Après cette première vague est venue celle de la reconstruction. Elle fait moins l’unanimité…

lire ICI la suite du documentaire de Radio-Canada réalisé dans le cadre du 10ème anniversaire du puissant séisme qui a dévasté Haïti, le 12 janvier 2010.