Guito Célestin explique le paiement des droits de retransmission de la Coupe du monde en Haïti

Le Centre d’entrepreneurship et de leadership en Haïti (CEDEL) a organisé, le 29 juin dernier, sa 60e soirée de réseautage autour du thème « Coupe du monde et business, qui perd et qui gagne en affaires? ». Le panel était composé de Frantz Duval, responsable de média ; de Patrice Dumont, sénateur et chroniqueur sportif ; Kesner Pharel, économiste, et Guito Célestin, promoteur sportif. Le Nouvelliste revient sur la partie de cette présentation qui portait sur l’achat des droits de retransmission de la Coupe du monde.
Publié le 2018-07-06 | Le Nouvelliste

National –

L’État haïtien s’est engagé à payer les droits de retransmission de la 21e édition de la Coupe du monde à hauteur de 2,5 millions de dollars. Cette somme sera versée à la firme jamaïcaine International Media Content (IMC), qui a déjà vendu à Haïti les droits des deux précédentes éditions. Selon le promoteur sportif Guito Célestin, l’État haïtien aurait pu ne pas payer les droits de retransmission et empocher au moins 1 million de dollars, ce en donnant des garanties à une chaine de télévision payante, telles que Canal Plus, NuTV ou Télé Haïti, qu’elle serait la seule à diffuser l’évènement si elle paie les 2,5 millions de dollars des droits de retransmission.

Pour soutenir sa thèse, Guito Célestin a pris l’exemple de Canal plus, fort de 50 000 abonnés en Haïti. « Si Canal Plus demande à ses abonnés de payer l’abonnement à 50 dollars au cours du mois de la CDM, il aurait pu rentrer les 2,5 millions de dollars. De plus, grâce à l’exclusivité, Canal Plus aurait pu passer de 50 000 à 150 000 abonnés. Ce qui lui permettrait de réaliser 5 millions de dollars de bénéfices. L’État haïtien, au lieu de dépenser 2,5 millions de dollars, gagnerait au moins 20% de ces 5 millions de dollars, soit au moins 1 million de dollars », a-t-il expliqué.

Guito Célestin déplore plus loin le manque de discipline qui caractérise le marché en Haïti. Selon lui, le laxisme des autorités vaut à l’État un manque à gagner estimé à 4 millions de dollars au moins. Pour permettre à ceux qui ne peuvent pas payer un abonnement de suivre l’évènement, Guito Célestin a proposé de placer des écrans géants sur les places publiques. « La Fifa a commencé cette expérience en 2006. Au Brésil en 2014, comme en Russie en 2018, il y a plus de touristes qui ont voyagé dans les pays organisateurs que ceux qui ont payé un billet pour se rendre aux stades. Les gens y viennent pour vivre l’ambiance de la Coupe du monde. Les matchs se jouent dans la soirée. Les diffusions sont suivies de concert, entre autres », fait-il remarquer.

Guito Célestin est également revenu sur l’évolution des prix de droits de retransmission en Haïti de 1974 à aujourd’hui. « De 1974 à 1990, le prix était stabilisé à 300 000 dollars. À l’époque, c’était quelque chose de technique. Il n’y avait pas de marketing autour de l’évènement. La première Coupe du monde caractérisée par le marketing a été réalisée en 1994 aux États-Unis. Les entreprises Coca-Cola, Mac Donald, Hyundai, etc. ont investi des millions de dollars dans cette édition. C’est à partir de ce moment que les frais de droits de retransmission ont augmenté. On a payé 450 000 dollars en 1994 et en 1998, 550 000 dollars en 2002, 1 million en 2006, et aujourd’hui on le paie à 2,5 millions de dollars. (…) Haïti, la Jamaïque et Trinidad ont payé le même montant pour les droits TV des 4 dernières éditions. Cette année, la Jamaïque a payé 3,5 millions et le Trinidad a payé 4 millions », a-t-il longuement expliqué, soulignant que l’augmentation des prix des droits dépend de l’augmentation du nombre d’abonnements dans un pays.

Le promoteur sportif prévient les médias haïtiens du risque qu’ils prennent en diffusant les évènements sans payer les droits. « Nous avons encore de la chance que l’État paie les droits pour les grands évènements. De plus, ceux qui détiennent les droits des petits évènements n’ont pas encore décidé de faire une assignation en Haïti pour piratage. Le jour où une firme dans la région achète la Ligue des champions, nous ne pourrons plus la diffuser gratuitement. Il en est de même pour la Liga et les autres compétitions », a-t-il averti, soulignant que le piratage a un effet néfaste sur le championnat national de la même manière qu’il avait un effet néfaste sur le cinéma haïtien. « Après avoir regardé les grands championnats devant sa télé un samedi de 8h à 16h, le supporteur haïtien devient saturé, il n’a aucune envie de se rendre au stade Sylvio Cator », résume-t-il.

La manière dont ces évènements sont diffusés en Haïti est un choix, selon Frantz Duval, directeur général de Magik 9. Il souligne que ce modèle, la sollicitude du président à vie de la République, remonte à 1974. « Aujourd’hui, il n’y a plus de présidence à vie mais la sollicitude est là. Les présidents estiment que la population doit regarder la Coupe du monde au plus bas prix possible. C’est un choix », estime-t-il. Plus loin, Frantz Duval fait remarquer que la société haïtienne dans son entièreté s’accorde pour ne pas réguler et discipliner le marché. « À chaque édition, on achète les droits à la dernière minute. Quand cela arrive, on dépense plus et on n’est pas prêt pour faire la distribution. À la fin, des médias diffusent le Mondial avec un feed non officiel et tout le monde (l’État, les médias, le Conatel, les sponsors) en est satisfait », souligne-t-il.

Pour sa part, le sénateur Patrice Dumont a déploré que le contenu publié par les médias ne soit pas le feed standard vendu par la Fifa aux autres pays. À ce propos, Guito Célestin a fait remarquer que ce ne sont pas tous les médias qui disposent d’un décodeur pour capter le signal de la Fifa. « Seules La TNH, la Télévision Caraïbes, Télé Ginen, Télé Pacific, Télé Scoop, Télé Galaxie et Canal Bleu reçoivent et diffusent les images de la Fifa. Le feed a été partagé très en retard cette année par rapport aux éditions précédentes. Nous avons officiellement envoyé une lettre pour demander qu’on le corrige. On a apporté les corrections au cours de la 3e journée de la compétition », a-t-il expliqué.

Revenant sur l’histoire de l’achat des droits de retransmission, Guito Célestin a expliqué que Direct TV a enclenché les négociations avec Haïti en novembre 2017. « Début janvier 2018, Direct TV devait envoyer à la Conatel un contrat fixant les droits de retransmission à 2 millions de dollars. Cette compagnie avait promis un rabais de 200 000 dollars si les droits avaient payés au 31 janvier. Pour des raisons que j’ignore, ce contrat n’a jamais été envoyé. Fin avril, Direct TV a négocié et vendu les droits à IMC (Sport Max), une compagnie jamaïcaine ayant vendu à Haïti les droits de retransmission des deux dernières éditions de la CDM. Direct TV ne pouvait pas vendre les droits comme Haïti voulait les acheter. Il n’était pas d’accord que 20 stations de télé diffusent à la fois et gratuitement les mêmes images. C’est pour cela qu’ils ont vendu les droits à la firme IMC qui, de son côté, a déjà fait affaire avec Haïti. Malheureusement pour le pays, les prix des droits ont augmenté, passant de 2 à 2,5 millions de dollars », a-t-il fait savoir.

Jean Daniel Sénat